Antiquité
Antiquité - Aux origines méditerranéennes du vignoble
La vigne cultivée, tout comme l'olivier,
arrive en Provence avec la fondation de Massalia par des marins commerçants
grecs venus de Phocée entre 620 et 600 av. J.-C.
Le mariage d'Euxénos, chef des colons grecs, avec Petta, fille du roi des
Ségobriges — peuple celto-ligure en place — scelle l'alliance entre cultures
grecque et locale et marque l'acte fondateur de la cité.
Les ancrages grecs : un réseau côtier structurant
Autour de Massalia, les Grecs organisent un
réseau cohérent de colonies, comptoirs et points de mouillage constituant les
premiers ancrages territoriaux de la viticulture en Provence.
Ce réseau comprend notamment Tauroeis (Six-Fours), Olbia (Hyères), Antipolis
(Antibes), Nikaia (Nice), Agathé Tyché (Agde), ainsi que des sites insulaires
tels que la Pointe de la Galère à Porquerolles, utilisée comme mouillage et
relais maritime.
Ces implantations favorisent la diffusion des pratiques agricoles méditerranéennes, dont la culture de la vigne, par les échanges commerciaux avec les populations locales.
La territorialisation romaine : villes, villae et arrière-pays
À partir du IIe siècle av. J.-C., la
conquête romaine transforme profondément cette organisation.
Les Romains structurent la production autour d'un maillage dense de villes, de
villae rurales et d'axes de circulation.
Des centres urbains majeurs comme Arelate (Arles), Aquae Sextiae (Aix-en-Provence), Forum Julii (Fréjus), Glanum (Saint-Rémy-de-Provence) ou Vasio Vocontiorum (Vaison) organisent les échanges, tandis que de vastes domaines agricoles — les villae — assurent la production viticole.
Implantées dans les plaines, les vallées et
les piémonts bien exposés, ces villae sont reliées par les voies romaines et
les grands axes fluviaux, permettant l'extension de la vigne vers
l'arrière-pays.
Ce modèle romain constitue le socle foncier sur lequel s'appuieront plus tard
les domaines médiévaux puis monastiques.
Moyen Age
Moyen Âge - La continuité monastique et l'économie du temps long
Après la chute de l'Empire romain
d'Occident en 476, la Provence traverse une période d'instabilité politique.
Pourtant, la viticulture ne disparaît pas.
Les monastères deviennent les gardiens du savoir agricole et viticole, dans le
sillage de l'Ordre de Saint-Benoît et de la règle ora et labora.
À partir du XIe siècle, la réforme
cistercienne née à Cîteaux approfondit cette approche : lecture fine des sols,
maîtrise de l'eau, implantation raisonnée des vignes.
En Provence, des abbayes comme le Thoronet, Sénanque et Silvacane incarnent cet
héritage structurant.
Au-delà de la vigne et de l'olivier, les
abbayes cisterciennes constituent de véritables pôles économiques ruraux.
L'abbaye du Thoronet administre une économie diversifiée associant élevage ovin
et caprin, gestion de troupeaux transhumants, cultures céréalières,
exploitation forestière, moulins hydrauliques et maîtrise de l'eau.
Elle contrôle également des droits liés à la pêche et à l'approvisionnement en
produits halieutiques, parfois organisés en flotilles, essentiels à la vie
monastique et aux périodes de jeûne.
Cette diversification assure l'autosuffisance, la stabilité économique et la
pérennité foncière des domaines monastiques.
Abbayes cisterciennes et Templiers : deux modèles complémentaires
Aux XIIe et XIIIe siècles, abbayes
cisterciennes et commanderies templières coexistent.
Les premières structurent durablement les terroirs et les paysages agricoles ;
les secondes organisent la gestion, le stockage et la circulation des
productions au sein de réseaux économiques étendus.
Dans le Var, cette organisation se retrouve
dans plusieurs sites majeurs. La Commanderie de Peyrassol, fondée par l'ordre
du Temple au XIIIe siècle, constitue un pôle agricole et logistique de premier
plan, combinant viticulture, élevage, stockage et circulation des productions.
D'autres implantations templières et hospitalières structurent durablement le
territoire, notamment autour de Montfort-sur-Argens et dans la vallée de
l'Argens.
Des domaines actuels comme Miraval s'inscrivent dans cette continuité foncière
issue des structures médiévales.
La chute de l'ordre du Temple au début du XIVe siècle entraîne la transmission de leurs terres à l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui en assure l'exploitation et la continuité foncière pendant plusieurs siècles.
Le Grandes Familles
A la chute des templiers, sous Philippe le Bel en 1307, les commanderies templières reviennent à l'Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem qui deviendra l'ordre le plus puissant de la chrétienté. Les domaines sont revendus à de grandes familles locales ou restent dans le giron de l'ordre qui deviendra par la suite l'Ordre de Malte. A la révolution, ces biens sont confisqués et revendus à de notables qui assurent la pérennité de ces grandes propriétés. Ces domaines deviennent l'apanage des grandes familles et leur apportent un titre de noblesse complémentaire.
Le XIXème, siècle des maladies de la vigne
Le XIXe siècle - Nouvelles maladies et grandes crises de la vigne
Le XIXe siècle marque une rupture brutale
avec l'apparition successive de maladies et ravageurs.
Apparaissent successivement l'oïdium au début des années 1850, le black rot
(pourriture noire) dans les années 1860, puis le mildiou à partir de la fin des
années 1870.
Mais c'est l'arrivée du phylloxéra, à
partir de la fin des années 1860, qui entraîne l'anéantissement de la
quasi-totalité du vignoble.
La renaissance n'intervient qu'au tournant du XXe siècle grâce au greffage sur
porte-greffes américains résistants.
La renaissance au XXème
Le XXe siècle - Renaissance et identité provençale
La reconstruction
du vignoble s'accompagne de la création des Appellations d'Origine Contrôlée.
Les progrès techniques du XXe siècle — maîtrise des températures, pressurage
pneumatique — permettent l'émergence d'un rosé de Provence moderne, précis et
aromatique.
Ces techniques préservent la fraîcheur des arômes primaires, soutenue par une
acidité naturelle équilibrée, conférant tension, finesse et pouvoir de
séduction.
Création des Appellations d'Origine Contrôlée
AOC Cassis première AOC provençale en 1936 (200 hectares plantés)
AOC Bandol en 1941 (1560 ha)
AOC Bellet en 1941 (58 ha)
AOC Palette en 1948 (40 ha)
AOC Côtes de Provence en 1977 (20100 ha)
AOC Coteaux d'Aix en Provence en 1985 (4120 ha)
AOC Coteaux Varois en Provence 1993 (2630 ha)
AOC Baux de Provence en 1995 (280 ha)
AOC Coteaux de Pierrevert en 1998 (450 ha)
Le XXIe siècle - Le rosé de Provence sur la scène mondiale
Au
XXIe siècle, le rosé de Provence s'impose comme un vin à part entière sur la
scène mondiale.
Vin de fraîcheur, de convivialité et de lisibilité aromatique, il correspond
aux modes de consommation des nouvelles générations.
Par sa polyvalence et son équilibre, il dialogue naturellement avec les
gastronomies contemporaines du monde entier et incarne une modernité viticole
où tradition et ouverture internationale convergent.
Massif des Maures
Le Massif des Maures est une relique de la chaine hercynienne datant du Carbonifère.
Il affleure sur la plus belle partie de la côte varoise des îles des Embiez et Sanary à l'Ouest, aux îles d'Hyères au Sud et remonte vers le Nord Est le long de la Côte d'Azur jusqu'à la vallée de la Siagne dans l'arrière-pays immédiat de Cannes. Il se compose de roches sédimentaires détritiques faiblement métamorphisées, les Phyllades, dans sa partie occidentale. Ces Phyllades, flyschs, de Porquerolles par exemple, datent de l'Ordovicien et du Silurien. Elles se sont déposées au pied de l'ancienne marge océanique Nord du Gondwana dans l'océan Paleo-Téthys il y a quelques 400 à 450 millions d'années. Ensuite, en allant vers l'Est, les roches sont d'une origine plus profonde au sein de la chaine de montagne et se composent de micaschistes, de gneiss puis de granites. Ces roches donnent des sols assez claires, assez argilo-schisteux dans les secteurs à gneiss et mica schistes, à plus sableux dans les secteurs à Phyllades, voir des arènes dans les secteurs granitiques.

La dépression permienne et volcanisme associé de l'Esterel
Dans la vallée remontant vers le Nord-Est du Nord de Toulon au Muy en passant par Cuers, Le Luc, Vidauban, puis avec le Massif de l'Esterel, nous trouvons des roches d'origine volcanique, des grés rouges avec des passées conglomératiques, puis les basaltes et rhyolites plus ou moins remaniées du Massif de l'Esterel. Le tout date d'un épisode d'extension continentale au Permien. Ces roches donnent des sols foncés à rouges sombres argilo-gréseux plutôt acides et drainants. Les terrasses de la vallée des Esclans avec un sol argilo gréseux léger et bien drainant en coteaux orientés vers le Sud Est font partie des tous meilleurs terroirs de la région.

Les calcaires de l'Aire Secondaire
Ils couvrent le Nord et l'Ouest de la Provence au dessus de la grande vallée permienne. Ils débutent par les calcaires du Trias à cargneules plus ou moins dolomitisés du centre Var où percent des barres calcaires du Jurassique comme la Sainte Baume et la célèbre Sainte Victoire. Plus à l'Ouest on retrouve les calcaires massifs du Crétacé, les marnes bleues du Gargasien (Aptien, 120 MA) dans les vignobles de Cassis, les calcaires à rudistes du Turonien (90 MA) et les marnes sableuses claires du Santonien (85 MA). Dans les Alpilles on retrouve les vignobles entre les barres calcaires du Crétacé Inférieur.

Les sols de l'Aire Tertiaire
Dans le Luberon, les sols sont d'un âge géologique plus récent, essentiellement du Miocène.
Au dessus de Nice, les vignobles de Bellet se développent sur un sol caractéristique constitué d'un poudingue grossier à matrice sablo-argileuse travail du remaniement par le Var des reliefs préalpins en amont.

Grenache Noir
Cépage typiquement méditerranéen originaire d'Espagne, il
est le principal cépage pour les rouges dans la Vallée du Rhône et les rosés en
Provence. Il apporte aux assemblages des arômes de fruits rouges murs, de la
rondeur, du corps et des tanins souples et peu marqués. Des arômes de cerise
rouge, fraise, cassis, poivre noir et réglisse associé à une belle rondeur et
du corps donnent ampleur en bouche, puissance et gourmandise. Les rosés
profitent de ces arômes gourmands et de tanins légers et fins.

Cinsault
Originaire de Provence, il accompagne le grenache dans les rosés de Provence. Cépage plus tardif il est comme le grenache très résistant à la sécheresse. Il apporte aux assemblages dans les rosés des arômes de fruits rouges frais : groseille, fraise des bois ; tout en souplesse et finesse et en accord avec l'amplitude et le fruit du grenache.

Syrah
Originaire du nord de la Vallée du Rhône, il est principalement vinifié en vin rouge assemblé au Grenache, Mourvèdre et Cabernet Sauvignon. Il développe des arômes de fruits rouges et noirs, framboise, mûre, myrtille, de fleurs comme la violette et d'épices comme la truffe noire, le poivre noir et la réglisse. Il est le cépage principal des rouges en Provence excepté en Bandol où le Mourvèdre est roi.

Rolle
Cépage Corse et Sarde, il est aujourd'hui très bien adapté aux vignobles de Provence et de Ligurie. C'est un cépage vigoureux sensible au vent et à l'Oïdium à maturation tardive. Il donne des vins légers et gras équilibrés avec une faible acidité développant des arômes floraux (aubépine, camomille), de fruits : pamplemousse, pêche de vigne, amande fraîche, poire, pomme rouge. En Provence il peut être assemblé à de l'Ugni Blanc, de la Clairette, du Sémillon ou bien rentrer pendant la fermentation dans la vinification des rosés, jusqu'à 20%, pour apporter gras, fraîcheur et complexité.
