Vous êtes spécialisé dans la vente de
domaines viticoles ?
Oui, effectivement nous vendons 70 % de
domaines viticoles. Les propriétés agricoles,
viticoles et forestières font partie de la
vocation "historique" de l'agence créée il y a une
trentaine d'années par mon père Gérard Desprets.
Mais
aujourd'hui, nous nous lançons dans un
nouveau créneau: les belles villas le long de la
côte varoise, de Ramatuelle au Cap Bénat. C'est
mon frère Camille qui s'occupe de ce secteur.
Dans quelle zone travaillez-vous ?
Dans le Var et au-delà puisque nous rayonnons
de Nice jusqu'à
Aix-en-Provence. Dans cette
région, les grandes propriétés anciennes ont très
souvent des hectares de vignes.
Vous avez 32 ans. Vous avez débuté dans
l'immobilier ?
Non, pas du tout. J'ai suivi une formation
d'ingénieur puis de financier. J'ai travaillé six
ans dans l'industrie pétrolière. Je me suis
ensuite tourné vers une activité de négociant en
vin : nous sélectionnons les raisins sur pied,
nous les vendangeons puis nous les vinifions.
Cette activité, en plus d'être une passion,
présente un net avantage pour exercer au mieux mon
autre fonction d'agent immobilier spécialisé dans
la vente de domaines viticoles. Cela me permet de
cerner parfaitement les demandes de mes clients.
Il est très facile pour moi de me mettre à leur
place!
Comment se porte le marché dans ce secteur
?
2002 a été une année assez difficile, En fait,
depuis le il septembre 2001, il s'est passé peu de
choses dans le domaine des propriétés viticoles.
Les acheteurs potentiels étaient dans une position
d'attente. Nous avons davantage été touché par la
crise que l'immobilier traditionnel. Il y a une
prise de risques beaucoup plus importante dans
l'achat d'un vignoble que dans l'acquisition d'une
propriété d'agrément. L'acquéreur doit non
seulement avancer une certaine somme mais
également faire marcher une entreprise. Cependant,
depuis quelques mois, nous remarquons que la
demande est réapparue. La confiance et l'envie
d'investir sont de nouveau présentes.
Qu'est-ce qui incitent vos clients à acheter
des domaines viticoles ?
Nos clients sont souvent des gens qui cherchent
à se reconvertir et à changer de vie. Ils veulent
s'investir dans un nouveau projet qui allie
travail et qualité de vie dans un cadre très
agréable. L'attractivité de la Provence et de la
vie que l'on y peut mener est un élément
déterminant. Evidemment, nous avons également
comme clients des acteurs importants de la filière
du vin : des nouveaux venus ou des gens déjà
installés qui s'agrandissent.
Vos clients sont majoritairement français
?
Qui, la clientèle française représente environ
60 % de nos acheteurs. Parmi les étrangers, nous
avons actuellement des Allemands, des Anglais, des
Hollandais et quelques Américains. Historiquement,
ce sont les Anglais, les Américains suivis des
Européens qui constituent en majorité la clientèle
étrangère.
Qu'est-ce qui différencie la Provence du
Languedoc ?
La Provence a un net avantage sur le Languedoc
car la plupart des marchés sont aux portes des
domaines viticoles. Le tourisme, la hausse
démographique stimulent les activités comme la
restauration, par exemple. En Provence, on vend
sur place, pas besoin d'aller chercher ses clients
à l'autre bout de la France.
Combien de propriétés avez-vous en
portefeuille ?
Nous avons une quinzaine de domaines viticoles
situés dans le Var. Ce sont des propriétés qui
vont de cinq à cent hectares de vignes. Mais il y
a peu de domaines à vendre dans notre secteur.
C'est un marché qui ne connaît pas une rotation
importante, comme cela peut être le cas avec les
belles villas varoises.
Que recherchent vos clients ?
Ce qui manque le plus sur le marché !
C'est-à-dire des domaines avec quinze ou vingt
hectares de vignes, situés dans un bel
environnement.
Combien coûtent cent hectares de vignes dans
le Var ?
Un domaine de cent hectares de vignes se vend
autour de dix, onze millions d'euros. Pour
I'A.Q.C. côtes-de-provence, il faut compter entre
40 000 et 60 000 euros l'hectare, selon la
situation commerciale et la qualité du terroir.
Les vignes du centre Mat sont moins recherchées
que les vignes situées sur le littoral, par
exemple. Mais à l'avenir, les prix vont varier
davantage car une régionalisation des
côtes-de-provence doit voir le jour d'ici quelques
années. Une hiérarchie clairement définie va
découler de cette régionalisation. Il y aura de
nouvelles appellations : La Londe, SaintTropez,
Bessillon, etc. De plus,
la qualité du vin est
en augmentation. Des domaines sortent du lot et
fonctionnent de mieux en mieux.
Y a-t-il un marché pour les propriétés
agricoles ?
Qui, tout à fait. Les oliveraies marchent très
bien. Il y a une forte demande pour l'huile
d'olive sur le marché local. De plus, c'est un
produit dont la vente se marie parfaitement avec
celle du vin. C'est un excellent duo. À l'hectare,
le
coût de l'exploitation de l'olive équivaut à
peu près à la moitié de celui du raisin.
Est-ce que les prix connaissent une
inflation similaire à celle des propriétés
d'agrément ?
Depuis deux ans, les prix sont restés très
stables. La raréfaction de la demande n'a pas
engendré de baisse. Les choses vont peut-être
évoluer avec la reprise des acquisitions...
Comment envisagez-vous l'avenir proche
?
Je pense que tout dépendra de la conjoncture
politique et économique mondiale. J'ai noté une
reprise du marché, très encourageante, après ces
deux années plutôt calmes, mais ce redémarrage se
confirmera uniquement s'il n'y a pas d'évènements
bouleversants au niveau international.
Propos recueillis
par Nicolas de
Rouyn